Analyse par LA RéDACTION

Venezuela : quand Emmanuel Macron abîme le rang de la France en s’alignant complètement sur le coup de force de Donald Trump

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AUTEUR : LA RéDACTION

Face à une violation manifeste du droit international, la France avait le choix entre la clarté et l’ambiguïté. En refusant de nommer la violation, Emmanuel Macron affaiblit un principe essentiel de la tradition diplomatique française : le soutien inconditionnel de la France au respect du droit international.

Venezuela : quand Emmanuel Macron abîme le rang de la France en s’alignant complètement sur le coup de force de Donald Trump

L’intervention militaire menée par les États-Unis au Venezuela, qui a conduit à la capture de Nicolás Maduro, heurte de plein fouet le droit international. Sans même entrer dans le débat sur la nature du régime vénézuélien, plusieurs principes fondamentaux sont en cause. D’abord, le recours unilatéral à la force, en dehors de toute légitime défense et sans mandat du Conseil de sécurité. Mais aussi la souveraineté de l’État vénézuélien et l’immunité absolue dont bénéficie, en droit, tout chef d’État en exercice.

L’ÉTRANGE ET INQUIÉTANTE SOUMISSION D’EMMANUEL MACRON À DONALD TRUMP

La réaction française n’a pourtant pas été inexistante. Elle a été tardive et soigneusement calibrée. Lorsque Emmanuel Macron s’exprime enfin, plusieurs heures après les faits, il évite tout commentaire sur l’intervention américaine. Les premiers mots du président de la République disent tout d’une étrange soumission à Donald Trump : « Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir. En confisquant le pouvoir et en piétinant les libertés fondamentales, Nicolás Maduro a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple. »

Pas un mot sur l’illégalité potentielle de l’usage de la force, aucune référence au droit international. À la place, un discours complaisant, dépourvu de toute qualification juridique, qui esquive la seule question qui vaille : la France peut-elle accepter qu’un État allié s’affranchisse du droit international par un coup de force unilatéral ? Pire encore, la suite de son message sur X constitue une validation nette de l’opération de « regime change » menée par Donald Trump : « La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien. »

Le plus affligeant pour Emmanuel Macron est le contraste entre la position exprimée par l’Élysée et celle défendue par le Quai d’Orsay, par la voix de son ministre des Affaires étrangères. Dès 15 h 45, Jean-Noël Barrot affirmait que l’opération américaine était « contraire au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international ». Sur les plateaux, il mettait en garde contre un monde livré à « la loi du plus fort » lorsque ces règles sont bafouées. Le constat est juste. Il n’a pourtant pas été repris par le président de la République. Le droit a été dit. Il n’a pas été assumé.

LA RUPTURE DIPLOMATIQUE : LE DROIT INTERNATIONAL RELÉGUÉ EN SECONDE POSITION

Ce décalage entre le chef de l’État et son ministre est loin d’être accidentel. Il révèle une mécanique bien précise : au ministre, la parole juridique ; au président, la ligne politique et la gestion stratégique. Le droit international n’est pas nié. Il est relégué, invoqué tant qu’il ne dérange pas, puis mis à distance lorsqu’il devient contraignant.

Cette attitude marque une rupture avec la tradition diplomatique française. Sous la Ve République, la France s’est construite une crédibilité sur la reconnaissance et la défense du droit international. En refusant de qualifier juridiquement une intervention armée pourtant contestable, Emmanuel Macron s’en éloigne. Ce choix, fait au nom de la prudence face à un Donald Trump agressif, fragilise une tradition qui faisait de la parole française une référence sur la scène internationale.

UNE VIOLATION DU DROIT INTERNATIONAL DÉNONCÉ TRÈS LARGEMENT 

Le Parti socialiste, lui, a condamné « avec la plus grande fermeté » l’intervention militaire américaine, qualifiée de « graves violations du droit international », appelant à une réponse multilatérale sous l’égide de l’ONU. Cette clarté n’était pourtant pas hors de portée : elle a été assumée ailleurs.

On retiendra en particulier la déclaration commune du Chili, du Mexique, du Brésil, de l’Uruguay, de la Colombie et de l’Espagne, dénonçant des actions militaires unilatérales contraires au droit international et au principe de non-recours à la force.

Le droit international ne se défend pas à demi-mot. À force de ne pas le nommer quand il est bafoué, la France cesse alors de le défendre.