Analyse par LAURENCE PAULET

LE SCANDALE DU DURCISSEMENT DES CONDITIONS DE RATTRAPAGE AU BAC : TOUJOURS PLUS D’EXIGENCE ET  ENCORE MOINS DE MOYENS POUR L’ÉDUCATION

- TEMPS DE LECTURE : 7 minutes
AUTEUR : LAURENCE PAULET

Limiter le rattrapage du baccalauréat, c’est demander davantage aux élèves tout en refusant d’investir dans l’école publique. Cette réforme révèle une conception profondément inégalitaire de l’éducation, où la réussite dépend de plus en plus du milieu social et de moins en moins de la promesse républicaine d’égalité des chances. Face à ce renoncement, défendre l’école publique devient un impératif démocratique.

LE SCANDALE DU DURCISSEMENT DES CONDITIONS DE RATTRAPAGE AU BAC : TOUJOURS PLUS D’EXIGENCE ET  ENCORE MOINS DE MOYENS POUR L’ÉDUCATION

La récente déclaration d’Édouard Geffray, dernier ministre de l’Éducation nationale en date, sur le durcissement des conditions d’accès au rattrapage du baccalauréat a fait l’effet d’un électrochoc. Pour le bac 2026 et les suivants, le « coup de pouce maximum » sera « limité à hauteur de 0,5 point sur la moyenne générale à l’examen » (soit 50 points de jury). Enfin, « aucun repêchage ne sera possible en dessous de 8/20 », a ainsi annoncé le ministre de l’Éducation nationale.

Dans un système scolaire déjà fragilisé par des années de restrictions budgétaires et de désengagement de l’État, cette annonce illustre une logique désormais bien installée : exiger toujours plus des élèves, sans jamais se donner les moyens de les accompagner. Ce choix n’est pas anodin. Il révèle une orientation politique claire, dont les conséquences se mesurent chaque jour dans nos établissements scolaires : l’abandon du modèle républicain au profit d’un modèle inspiré du monde de l’entreprise.

La réalité d’une école qui peine à remplir ses missions fondamentales

La réalité, notamment dans les lycées de grande banlieue, et plus encore en zone d’éducation prioritaire, est connue de tous ceux qui y vivent ou y travaillent. Professeurs absents non remplacés, contractuels recrutés dans l’urgence sans formation suffisante, personnels d’orientation, infirmiers scolaires, médecins, psychologues ou Accompagnants des élèves en situation de handicap devenus trop rares voire inexistants… 

L’école publique, censée incarner l’égalité républicaine, peine désormais à remplir ses missions fondamentales. Les élèves avancent souvent seuls à des moments décisifs de leur parcours et là où l’institution devrait être un appui solide, ce que corrobore le sondage CESE-Ipsos qui indique que 89 % des Françaises et des Français s’accordent sur le fait que l’éducation est le levier principal pour garantir une égalité des chances (sondage réalisé du 1er au 9 septembre 2025 dans le cadre du rapport annuel sur l’état de la France portant sur « Égalité des chances, mythe ou réalité ? » publié par le CESE).

Face à ces carences, les familles se retrouvent en première ligne. Pour celles qui en ont les moyens, la solution est de se tourner vers l’enseignement privé ou de financer des cours particuliers, pour les autres c’est la débrouille. Cette situation n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte de choix politiques assumés, opérés au fil des réformes et des gouvernements de la présidence d’Emmanuel Macron, qui ont progressivement cessé de faire de l’école publique une priorité nationale.

Affaiblissement de l’éducation nationale : un combat idéologique de la droite

Car il faut le dire clairement : l’affaiblissement de l’Éducation nationale est aussi le produit d’une logique idéologique. Une vision libérale de l’école s’est imposée, où la réussite devient de plus en plus individuelle, dépendante du milieu social et des ressources familiales. Dans ce modèle, l’État se désengage, laissant le marché – et donc les inégalités – organiser l’accès au savoir. L’école n’est plus pensée comme un bien commun, mais comme un service parmi d’autres, que certains peuvent compléter ou contourner.

Le financement massif de l’enseignement privé sous contrat illustre cette contradiction. En 2023, près de 9 milliards d’euros ont été versés par l’État à ces établissements, un montant encore plus élevé si l’on inclut les contributions des collectivités territoriales (Mission d’information relative au financement de l’enseignement privé sous contrat, Assemblée nationale, n°2423, avril 2024). Ces fonds financent à 90 % les postes d’enseignants, alors même que le privé ne scolarise qu’environ 17,6 % des élèves (Cour des comptes, Éducation privée subventionnée par l’État, juin 2023). Dans le même temps, l’école publique, qui accueille la grande majorité des jeunes scolarisés – et souvent les plus fragiles – manque cruellement de moyens humains et matériels. Ce déséquilibre interroge profondément la cohérence des priorités nationales.

Défendre une certaine vision de l’école républicaine : l’impératif socialiste

C’est précisément sur ce point que la gauche, et en particulier le Parti socialiste, défend un contre-modèle clair. Défendre l’école publique, ce n’est pas seulement proposer des ajustements techniques ou des mesures d’urgence, aussi nécessaires soient-elles. C’est affirmer une vision de société dans laquelle l’éducation est un pilier de l’émancipation, de la justice sociale et de la cohésion républicaine. Une école où la réussite ne dépend pas du code postal ou du compte en banque des parents, mais de l’engagement collectif à donner à chacun les mêmes chances.

C’est dans cette perspective que le PS avance plusieurs propositions structurantes : un plan d’urgence pour revaloriser les salaires des enseignants et rendre à nouveau le métier attractif ; la création de postes pour répondre à la pénurie d’encadrants ; la reconstruction des dispositifs d’accompagnement avec davantage de personnels éducatifs et de santé dans les établissements. Le parti propose également de revoir le financement de l’enseignement privé sous contrat, en conditionnant les aides publiques à de véritables exigences de mixité sociale, afin que l’argent public serve d’abord l’intérêt général.

Laisser l’école publique se dégrader, c’est prendre le risque d’une société moins émancipée, plus fragmentée, où la défiance, le repli et les inégalités s’enracinent durablement. Or l’éducation est le socle du vivre-ensemble, de la vitalité démocratique et de la force économique de notre République. Elle forge l’esprit critique, l’engagement civique et la capacité de chacun à prendre sa place dans la communauté nationale. Redonner à l’école publique les moyens de ses ambitions, ce n’est donc pas une dépense : c’est un choix d’avenir. Un choix pour une République plus juste, plus éclairée et plus solidaire, fidèle à la promesse d’égalité qui la fonde.

Être lucide sur les difficultés de l’école mais ne jamais renoncer

Reconnaître l’ampleur de la crise actuelle est indispensable, mais ce constat ne doit pas conduire au renoncement. Au contraire, il peut être le point de départ d’un sursaut collectif. L’école publique ne pourra se relever qu’en redevenant une priorité nationale, budgétaire et politique. Pour ses élèves, pour ses enseignants, et pour l’idéal républicain qu’elle porte, il est urgent de lui redonner les moyens d’être ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un véritable tremplin pour toutes et tous, et un lieu où chaque jeune peut croire en ses chances et construire son avenir.