Analyse par EMERIC VALLESPI

Groenland, Vénézuéla, OTAN : Face au mépris, l’Europe doit choisir entre la puissance et la servitude

- TEMPS DE LECTURE : 3 MIN
AUTEUR : EMERIC VALLESPI

Quand le droit international devient optionnel et que les alliés doivent « payer ou se taire », il ne s’agit plus de diplomatie mais de rapport de force.
L’Europe est désormais face à un choix existentiel : devenir une puissance ou accepter sa servitude.

Groenland, Vénézuéla, OTAN : Face au mépris, l’Europe doit choisir entre la puissance et la servitude

La publication de la National Security Strategy 2025 (NSS 2025) par la Maison-Blanche a fait l’effet d’une déflagration diplomatique début décembre. Ce document, loin du langage technocratique et diplomatique habituel, acte une rupture brutale : l’administration Trump y affirme défendre la « survie » américaine en rejetant les institutions transnationales. Elle déclare sans ambages que « fini le temps où les États-Unis portaient l’ordre mondial sur leurs épaules tels Atlas ». Le document trace une doctrine de sécurité nationale résolument unilatérale et souverainiste.

Mais il ne s’agit plus seulement de mots couchés sur du papier. Les actes ont suivi, et le réveil est brutal.

Le choc du réel : du Groenland au Vénézuela

Ce que beaucoup qualifiaient de provocations ou de folklore électoral est devenu une doctrine d’État. Les récentes velléités d’achat du Groenland ne sont pas une anecdote : elles révèlent une vision du monde purement transactionnelle où la souveraineté des nations, même alliées, est une marchandise comme une autre.

Parallèlement, l’interventionnisme décomplexé au Vénézuela démontre que Washington n’hésite plus à utiliser la force brute et unilatérale pour servir ses intérêts domestiques, sans aucune concertation avec ses partenaires et au mépris du droit international. Cette doctrine « America First » dans sa version dure nous envoie un message clair : le droit international ne pèse plus rien face à la puissance pure.

La fin de l’innocence militaire

Pour nous, Européens, ce doit être la fin de l’innocence. La doctrine américaine exige désormais de ses alliés « riches et sophistiqués » qu’ils assument seuls leur sécurité. Plus menaçant encore, le document évoque un « Engagement de La Haye » imposant aux membres de l’OTAN 5 % de leur PIB en défense.

Le message est limpide : « Payez ou devenez vassaux ». Les outils que nous avons patiemment construits, comme la Boussole stratégique de 2022, sont désormais tragiquement insuffisants. Une force de déploiement de 5 000 hommes est dérisoire face à cette nouvelle donne. Si nous ne changeons pas d’échelle, l’OTAN deviendra un club à deux vitesses où les Européens seront marginalisés.

L’urgence vitale : la souveraineté financière et numérique

Mais la guerre moderne ne se joue plus seulement avec des chars, ni même des drones. Elle est hybride, économique et numérique. Et sur ce terrain, notre vulnérabilité est totale.

Il faut regarder la vérité en face : l’extraterritorialité du droit américain est une arme, que l’administration Trump et son camp utilisent de plus en plus. Nous l’avons vu récemment lorsque les États-Unis ont sanctionné les juges de la Cour Pénale Internationale (CPI), dont un juge Français. Du jour au lendemain, leurs cartes bancaires ont cessé de fonctionner, leurs accès aux services numériques ont été coupés (Gmail, Netflix, Airbnb, …).

Si Washington peut « débrancher » un juge international, qui peut croire que nos entreprises, nos dirigeants ou nos citoyens sont à l’abri ?

Nous devons impérativement bâtir notre autonomie :

  • Une souveraineté des paiements : Nous ne pouvons plus dépendre du duopole Visa/Mastercard. L’Europe doit généraliser massivement l’utilisation de Wero, l’initiative européenne de paiement, pour le développer et garantir que nos flux financiers ne puissent jamais être interrompus par une décision politique étrangère.

Un bouclier numérique : Il est suicidaire de confier durablement nos données critiques aux GAFAM, soumis au Cloud Act américain. Chaque euro public dépensé dans le numérique doit financer une alternative souveraine européenne. C’est une question de sécurité nationale.

L’Europe puissance ou la dislocation

Face à une Amérique qui entend remodeler le paysage politique européen en soutenant des partis « patriotes » contre nos gouvernements, nous sommes dos au mur. Car, sous le prétexte de « promouvoir la grandeur européenne », la stratégie américaine entend inciter l’Europe à abandonner ses régulations et à retrouver sa « confiance civilisationnelle ». Le document écrit explicitement que les États-Unis encourageront l’essor de partis « patriotiques » en Europe pour corriger la trajectoire actuelle du continent. Nous ne sommes plus face à un allié exigeant, mais face à une puissance qui entend remodeler le paysage politique européen selon ses propres intérêts idéologiques.

Nous devons porter un discours de vérité : l’autonomie stratégique n’est plus une option intellectuelle, c’est une urgence vitale qui devrait nous mobiliser et nous occuper autant que nous avons pu le faire face à l’épidémie de Covid. Cela passe par un véritable budget fédéral de défense et une préférence européenne stricte : chaque euro dépensé pour la sécurité doit l’être pour l’industrie européenne.

Benjamin Franklin, juste avant la signature de la Déclaration d’indépendance américaine, aurait eu cette phrase terrible qui lui est attribuée et qui s’applique parfaitement à l’Europe d’aujourd’hui : « Nous devons assurément nous accrocher tous ensemble, ou nous finirons très certainement par pendre tous séparément ».

Face à une administration Trump qui ne nous respectera que si nous sommes forts, l’heure n’est plus aux petits pas. Unissons nos forces, maintenant, pour protéger notre paix, notre économie et notre liberté.