Analyse par LOU GAUTIER

Nationaliser ArcelorMittal France : une solution pour préserver la souveraineté industrielle française ?

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AUTEUR : LOU GAUTIER

Dans son espace réservé du 25 février, le groupe communiste au Sénat propose la nationalisation d’ArcelorMittal France. Victimes du désengagement progressif du groupe sur le territoire français, les salarié·e·s et les différents sites industriels se trouvent peu à peu abandonnés par le groupe. Les communistes reprennent une proposition de loi adoptée par les député·e·s le 27 novembre 2025. Face à la désertion d’ArcelorMittal, la nationalisation sera-t-elle la réponse à la crise sociale, industrielle et environnementale des délocalisations ?

Nationaliser ArcelorMittal France : une solution pour préserver la souveraineté industrielle française ?

Un désengagement progressif du territoire mettant en péril souveraineté et emplois

ArcelorMittal est le premier producteur mondial d’acier et, en France, il est à la tête des deux tiers de la production nationale. La compagnie emploie sur notre territoire 15 400 salarié·e·s sur une quarantaine de sites, comme à Dunkerque et Florange. Or, le 23 avril 2025, ArcelorMittal a annoncé la suppression de 608 postes en France. Selon le comité d’entreprise européen, la réorganisation menée par l’entreprise pourrait conduire, à terme, à la suppression de 5 600 emplois en Europe, dont 1 650 dans l’Hexagone. En vingt ans, ArcelorMittal a supprimé la moitié de ses emplois en France.

Pourtant, ArcelorMittal n’est pas un groupe à l’agonie, mais bien une entreprise financièrement solide : le groupe a enregistré plus de 3 milliards de dollars de bénéfices en 2025. Mieux, sur les trois derniers exercices, la société a versé à ses actionnaires plus de 10 milliards d’euros en dividendes et rachats d’actions.

Second point de crispation : le groupe bénéficie d’aides publiques massives – qu’elles soient françaises ou européennes. Le 27 mars 2025, auditionnée par la commission d’enquête sur les aides publiques au Sénat, l’entreprise a déclaré avoir reçu 298 millions d’euros d’aides de l’État en 2023. Elle a également perçu près de 850 millions d’euros d’aides de l’État pour son projet de décarbonation de deux hauts fourneaux (à Dunkerque et à Fos-sur-Mer), projet qui peine à voir le jour. Le sénateur communiste Fabien Gay dénonce : « Ils investissent en Inde et aux États-Unis ! Il n’y a qu’en Europe que les investissements sont retardés ».

Nationaliser pour assurer la continuité de la production d’acier français

Le groupe se désengage peu à peu du territoire, mettant en péril notre industrie, notre souveraineté industrielle mais aussi, et surtout, des salarié·e·s, leurs familles et des bassins entiers. ArcelorMittal profite des aides publiques, délocalise et supprime des postes. La suppression massive de postes et la fermeture de sites constituent un drame qui va même au-delà du seul groupe ArcelorMittal. En effet, la production du groupe est vitale pour de nombreux secteurs de l’industrie française : automobile, construction navale et nucléaire, armement et aérospatial… L’acier est partout.

La députée insoumise Aurélie Trouvé, autrice et rapporteure du texte proposant la nationalisation d’ArcelorMittal France, a mis en avant le fait que ce texte permettrait de « reprendre en main les installations et de faire de notre pays un leader mondial de l’acier vert, plutôt qu’un pays en déshérence industrielle ». Estimée à 3 milliards d’euros, cette nationalisation est, selon le groupe, « un faible coût financier face au coût social que constituerait la perte de 80 000 emplois ». Aurélie Trouvé a également avancé que des mesures similaires avaient été prises au Royaume-Uni mais aussi en Italie.

Un parcours législatif aux maints rebondissements

Ainsi, le 27 novembre dernier à l’Assemblée nationale, le groupe de La France insoumise a fait adopter, avec une courte majorité, son texte proposant la nationalisation d’ArcelorMittal France. En effet, le gouvernement, sa relative majorité ainsi que la droite se sont opposés au texte en invoquant le coût d’une telle mesure. Le Rassemblement national, après avoir fait obstruction, a décidé de s’abstenir. Les député·e·s socialistes ont, quant à eux, voté en faveur du texte, partageant le constat fait par leurs collègues. Cependant, craignant la complexité d’une nationalisation, ils ont suggéré une mise sous tutelle provisoire et immédiate.

Dans la chambre haute de notre Parlement, l’adoption d’un tel texte ce soir semble compromise. Le 30 octobre 2025, le Sénat avait déjà rejeté une proposition de nationalisation des actifs stratégiques d’ArcelorMittal situés sur le territoire national (107 voix pour, 235 contre). La nouvelle proposition portée par les communistes et les insoumis·e·s a été rejetée le 18 février dernier par la commission des finances du Sénat, suivant l’avis de son rapporteur, Arnaud Bazin (Les Républicains). Celui-ci avance « le caractère coûteux et inefficace d’une nationalisation pour répondre aux problèmes structurels rencontrés par la filière sidérurgique ».

Ainsi, le débat autour de ce texte aura, a minima, permis de mettre la question de notre souveraineté industrielle et de nos salarié·e·s au cœur du débat dans nos Chambres. Cet examen pose, plus largement, la question de la responsabilité de l’État à agir face aux fermetures de sites de production : comment réindustrialiser la Nation, protéger sa souveraineté et les ouvriers et ouvrières ?