Analyse par LA REDACTION

LE RÉGIME IRANIEN S’ENFONCE DANS UNE TERRIBLE RÉPRESSION 

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AUTEUR : LA REDACTION

La colère sociale a basculé en affrontement politique en Iran. Coupé du monde, les informations qui parviennent malgré les restrictions font état de tirs à balles réelles, de morts et d’une répression violente.

LE RÉGIME IRANIEN S’ENFONCE DANS UNE TERRIBLE RÉPRESSION 

Des commerçants du grand bazar de Téhéran aux manifestations populaires hostiles au régime

C’est le 28 décembre 2025 que la contestation éclate à Téhéran. Au sein du Grand Bazar et à ses alentours, des commerçants baissent le rideau, des magasins ferment pour dénoncer la flambée des prix, l’inflation et l’asphyxie économique.

La mobilisation trouve son origine dans une crise économique aiguë. Selon les dernières données du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, l’inflation annuelle dépasse les 40 %, tandis que le rial iranien a perdu l’essentiel de sa valeur face au dollar depuis 2018. Cette dégradation se traduit par une hausse brutale des prix des biens essentiels, documentée par plusieurs enquêtes de Reuters, et par une stagnation des salaires, notamment dans le commerce urbain. 

Les sanctions internationales toujours en vigueur aggravent la pénurie de devises et la perte de pouvoir d’achat. Dans ce contexte, la fermeture du Grand Bazar est présentée par plusieurs observateurs comme un signal social et politique fort.

Mais progressivement, le mouvement déborde les commerçants de Téhéran et prend une tournure plus politique. La colère quitte les commerces pour gagner la rue, puis s’étend à d’autres villes selon Reuters et Associated Press. Les slogans évoluent. La vie chère n’est plus la seule cible. 

Début janvier, des vidéos authentifiées par Reuters montrent des rassemblements d’ampleur à Téhéran et dans d’autres grandes villes. L’ampleur exacte reste impossible à quantifier. Néanmoins, la dynamique est bien réelle et nationale ;  la détermination, elle, est visible. D’autres vidéos, authentifiées comme récentes par BBC Verify, documentent des affrontements à Mashhad, deuxième ville du pays, dans la nuit du samedi 10 au dimanche 11 janvier 2026.

Un black out plus sévère que lors du mouvement « Femme, Vie, Liberté »

Le 8 janvier, le pouvoir coupe internet. Pas partiellement. Pas localement. Massivement. Depuis cette date, l’accès au réseau est fortement restreint à l’échelle nationale, comme l’attestent les observateurs indépendants de NetBlocks. La connectivité s’effondre, les images disparaissent et la transmission de témoignages devient difficile et risquée. Dans ce contexte, l’information ne circule plus librement.

Des vidéos datées de samedi 10 janvier 2026 au soir, géolocalisées et vérifiées par The New York Times et The Times, montrent des milliers de manifestants défilant place Heravi, à Téhéran, en scandant des slogans hostiles au guide suprême ; un manifestant filmant la scène affirme : « On ne peut pas voir le début ni la fin de la foule. »

Toujours à Téhéran, des images de ce même samedi 10 janvier 2026, vérifiées par des cellules de fact-checking de ces journaux, montrent des manifestants contrôlant temporairement certains quartiers, notamment Gisha et Punak.

Depuis le début des manifestations déclenchées fin décembre, le dispositif sécuritaire iranien a été progressivement renforcé. Selon des informations rapportées par Reuters et des organisations de défense des droits humains, la police (NAJA) est intervenue en première ligne lors des rassemblements initiaux, notamment dans les centres urbains. 

Selon un expert cité par BBC Persian, cette coupure numérique serait plus sévère que lors du soulèvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022. 

À mesure que la contestation s’est étendue et que les slogans ont pris une dimension politique, des membres des Bassidji, force paramilitaire, ont été déployés en appui, tandis que les Gardiens de la Révolution ont été signalés dans certaines zones lors des phases de répression les plus dures, selon Amnesty International et Human Rights Watch. Les autorités iraniennes n’ont pas communiqué de détails sur l’organisation opérationnelle de ce dispositif.

Des hôpitaux débordés par des victimes et des blessés selon des médecins contactés par la BBC

C’est derrière ce brouillard numérique que remontent les informations les plus lourdes.

Le week-end du 10 janvier, des personnels de santé, cités anonymement par la BBC et IranWire décrivent des hôpitaux débordés, des services d’urgence saturés, des corps qui arrivent en nombre. À Rasht, dans le nord du pays, des sources médicales locales évoquent l’arrivée de plusieurs dizaines de corps sur une période très resserrée, au point de dépasser les capacités mortuaires.

À Téhéran, d’autres témoignages médicaux relatés par BBC Persian Service décrivent de nombreux décès dès l’arrivée aux urgences. Des vendredi 9 janvier,  un soignant ayant déclaré à la BBC : « Environ 38 personnes sont mortes. Beaucoup sont décédées dès leur arrivée aux urgences, touchées par des tirs directs à la tête ou au cœur. Beaucoup n’ont même pas atteint l’hôpital. »

Des médias iraniens en exil tels que Manoto et Iran International diffusent des vidéos qui semblent montrer des corps dans des établissements hospitaliers ou des morgues. La presse française, notamment Le Monde, décrit également des images et témoignages évoquant une morgue saturée à Kahrizak, au sud de Téhéran. Ces documents ne suffisent pas à établir un décompte précis, mais ils renforcent un constat partagé par de nombreuses sources : la mortalité est élevée, et elle est dissimulée.

Dans l’ouest du pays, à Ilam, des vidéos authentifiées par Reuters  montrent des forces de sécurité tirant à proximité d’un hôpital lors d’un rassemblement.

Malgré l’absence de bilan officiel, les chiffres continuent de tomber. L’ONG HRANA, basée hors d’Iran et citée par Reuters, le Guardian et d’autres médias internationaux, confirme la mort de 2403 manifestants, celle de 48 membres des forces de sécurité lundi 12 janvier, ainsi que plus de 10 600 arrestations depuis la fin décembre. Mardi 13 janvier, cette estimation s’élève désormais à 650 manifestants. 

Ces chiffres ne peuvent être vérifiés indépendamment, mais ils fournissent un ordre de grandeur largement repris. 

La fuite en avant du pouvoir dans la répression malgré des dizaines de mort au sein des forces de l’ordre

Face à la rue, le régime iranien ne temporise pas dans la répression, bien au contraire.

Mardi 13 janvier, l’agence Reuters a rapporté qu’un responsable iranien de la sécurité estimait que le bilan pourrait s’élever à environ 2 000 morts. Selon cette source, cette estimation inclut des membres des forces de sécurité ainsi que des civils, et attribue les décès à des « terroristes ».

Lors d’une intervention relayée par les médias d’État autour du samedi 10 et du dimanche 11 janvier 2026, le procureur général a averti que les manifestants pourraient être considérés comme des « ennemis de Dieu », qualification passible de la peine de mort dans le droit iranien, tandis que le guide suprême a dénoncé une « bande de vandales ». 

Cette incrimination d’« ennemi de Dieu » (moharebeh), est inscrite dans le Code pénal islamique iranien. Selon les analyses juridiques relayées par Amnesty International et les rapporteurs spéciaux des Nations unies sur l’Iran, cette qualification permet de criminaliser la contestation politique et expose les accusés à des peines pouvant aller jusqu’à la mort. 

De manière plus ambiguë, le président iranien, Massoud Pezeshkian, a déclaré dimanche 11 janvier 2026 que le gouvernement était prêt à « écouter » les préoccupations de la population, tout en accusant des « émeutiers » et des acteurs étrangers — notamment les États-Unis et Israël — d’être à l’origine des troubles, lors d’un discours rapporté par la télévision nationale et la presse internationale. Cette rhétorique vise à délégitimer la colère et à la faire basculer dans le registre sécuritaire.

Depuis ces déclarations, les arrestations se multiplient à travers le pays, sans qu’aucun chiffre global ne soit communiqué par les autorités, une opacité dénoncée par plusieurs ONG de défense des droits humains, dont Amnesty International et Human Rights Watch.

Le gouverneur d’Ispahan a indiqué dimanche 11 janvier 2026 que 30 membres des forces de sécurité avaient été tués dans sa province depuis le début des manifestations, signe d’une colère populaire d’une intensité exceptionnelle. 

À Zahedan, dans le sud-est du pays, des tirs à balles réelles ont été signalés à proximité de la grande mosquée Makki après la prière du vendredi, selon des témoignages et vidéos recueillis par BBC Persian, IranWire et des ONG de défense des droits humains.