Qu’on écoute ou pas sa musique, qu’on comprenne les paroles ou non, impossible d’ignorer l’ampleur du phénomène ces derniers jours du chanteur Bad Bunny. L’artiste portoricain, bien plus qu’une star mondiale, est devenu une icône culturelle et politique. Dans l’Amérique de Donald Trump, marquée par la brutalité de l’ICE et la stigmatisation des immigrés, une véritable bataille culturelle est en cours. Bad Bunny incarne une voix inclusive, plurielle, fièrement latino, mais aussi, pleinement américaine.
« ICE out » s’invite sur la scène des Grammy Awards
Né à Bayamón, à Porto Rico – Benito – de son vrai prénom, s’est imposé en quelques années comme l’un des artistes les plus écoutés au monde. En popularisant le reggaeton bien au-delà des pays hispanophones, il a révolutionné l’industrie musicale.
Le 1er février dernier, il marque l’histoire en remportant le prestigieux Grammy Award du meilleur album : une première pour un album entièrement non anglophone, un symbole dans un contexte américain marqué par le repli identitaire. Mais Bad Bunny décide d’aller bien au-delà du symbole et fait de cette victoire un acte politique, en lançant lors de son discours un percutant « ICE out ». Il poursuit avec des mots chargés d’humanité : « Nous ne sommes pas des sauvages. Nous sommes des êtres humains et nous sommes américains ». Une prise de position publique forte et assez rare à ce niveau de notoriété, contre Donald Trump et la brutalité de sa politique migratoire.
Quand le Super Bowl devient un spectacle politique
Le phénomène continue après cette récompense musicale. Dimanche dernier, Bad Bunny assure le show de la mi-temps du Super Bowl, finale du football américain et événement télévisé le plus regardé des États-Unis avec 135 millions de téléspectateurs.
Ainsi, Porto Rico s’invite sur la pelouse du Levi’s Stadium : champs de canne à sucre, quartiers populaires, fêtes de rue et même un vrai mariage en direct. Mais au delà d’une mise en scène festive, le spectacle est rempli de messages politiques.
Après avoir prononcé les seuls mots en anglais de toute la performance : « God Bless America » – le portoricain énumère tous les pays du continent américain, du sud au nord, rappelant ainsi que « l’Amérique » ne se limite pas aux États-Unis. Bad Bunny en profite aussi pour interpréter El Apagón, perché sur des poteaux électriques pour dénoncer l’abandon des États-Unis à Porto Rico après l’ouragan Maria, île qui est toujours un État associé étasunien. Ricky Martin fait une apparition surprise en chantant Lo que le pasó a Hawaii, contre la gentrification à Hawaï – une autre île aussi sous administration américaine. Enfin, avec Perreo Sola, Bad Bunny interprète son titre le plus féministe et LGBTQI+.
L’amour plus fort que la haine
Devenu un symbole du wokisme par ses détracteurs, Bad Bunny n’a pas échappé aux attaques. Sur son réseau social Truth Social, Donald Trump dénonce un spectacle « répugnant », une « insulte » et une véritable « gifle » à l’Amérique. Des organisations conservatrices, comme Turning Point USA, fondée par Charlie Kirk, avaient même appelé au boycott du show de la mi-temps.
Face à ces attaques, Bad Bunny choisit de répondre à travers la musique, la fête, la joie et l’amour. Sur la scène du Super Bowl, derrière une diversité de drapeaux, impossible de rater l’énorme écran qui affiche : « The only thing more powerful than hate is love ».
Face aux forces réactionnaires – qui utilisent la peur et la colère pour diviser et imposer leur domination idéologique – la culture se dresse comme un acte de résistance. La culture devient un rempart au nationalisme, un outil d’émancipation, d’ouverture et de progrès. L’art a ce pouvoir de rassembler, transmettre, porter un message d’espoir et d’humanité.
Comme le chante en espagnol Bad Bunny dans son dernier tube viral, Baile Inolvidable :
« La vie est une fête qui s’achèvera un jour
Et tu auras été ma danse la plus inoubliable.
Tant que nous sommes en vie,
Aimons autant que possible »
Retrouvez ici la vidéo Apple Music du spectacle de Bad Bunny lors de la mi-temps du 60e Super Bowl : https://youtu.be/G6FuWd4wNd8