Une évolution humaine du droit, tant attendue par la société
Comment refuser aux souffrants la vie qu’ils souhaitent ? Nous devons apporter une réponse à celles et ceux qui se savent condamnés à la douleur, sans rémission possible. La loi, aujourd’hui, ne leur offre comme unique perspective qu’une sédation profonde et continue pour les derniers jours de leur existence. Quelle humanité offrons-nous aux personnes malades, en leur disant d’attendre la mort ? En les condamnant à ces situations nouvelles, créées par une médecine qui peut parfois seulement nous maintenir, mais pas nous guérir… Quelle humanité pour les soignants, forcés de pratiquer la surmédication, la négation des besoins exprimés par certains de leurs patients ?
À ces questions, des législateurs, Olivier Falorni (MoDem) en tête, tentent d’apporter la réponse législative tant attendue : l’ouverture du droit à l’aide à mourir pour les malades en fin de vie. Le sondage réalisé par l’institut Ifop pour l’ADMD en mai 2024 révèle que 92 % des Français sont favorables au recours à l’euthanasie et 89 % des Français sont favorables au recours au suicide assisté. À l’inverse, la droite essaie d’imposer une hiérarchisation du recours à l’aide à mourir : le suicide assisté serait le principe et l’euthanasie autorisée uniquement en cas d’incapacité physique à s’administrer soi-même la substance létale.
Des débats relativement honnêtes
L’Assemblée nationale s’est montrée jusqu’ici responsable : les débats ont lieu dans un calme relatif et les amendements sont recherchés, défendus avec conviction et sources à l’appui. La tentative d’obstruction parlementaire menée par la droite en seconde lecture a certes rallongé les débats, mais produit bien peu d’effet sur le fond.
En effet, bien que les 2 000 amendements aient forcé l’Assemblée à décaler le vote d’un jour, seul un amendement mettant en difficulté le droit à l’aide à mourir a été adopté. Celui-ci propose que le Conseil national de l’Ordre des médecins soit consulté pour la rédaction du décret précisant les conditions de mise en œuvre et du recours à l’euthanasie et au suicide assisté, sachant que l’Ordre s’est opposé publiquement à l’aide à mourir, à l’inverse de 74 % des médecins souhaitant la légalisation de l’aide active à mourir pour les patients qui la demandent expressément et de manière réitérée (sondage par l’institut Ifop pour l’ADMD en avril 2025).
Par ailleurs, les amendements d’abord adoptés par les députés pour supprimer la hiérarchisation entre suicide assisté et euthanasie, mais aussi pour mieux prendre en compte la souffrance psychologique induite par la maladie, ont été supprimés en seconde délibération ce mercredi 25 février.
À l’inverse, au Sénat, la droite majoritaire s’est pris les pieds dans le tapis entre les « antis » et les « très-antis », menés par Bruno Retailleau. Celui-ci, en manque peut-être d’attention depuis qu’il a retrouvé son simple siège de sénateur, avait fait capoter le plan des rapporteurs LR. La proposition de loi s’en est trouvée rejetée, au plus grand plaisir des députés, qui n’ont pas eu à reconstruire le texte article par article.
La relative bienséance de la représentation nationale est à saluer, tant les opérations de communication contre la proposition de loi prennent de la place dans la presse.
« POINT DE VUE. “Aide à mourir” : ultime recours ou nouveau projet de société ? », Ouest-France, 23 février 2026
« Aide à mourir : une “régression” plutôt qu’un “progrès”, selon Michel Houellebecq », France 24, 17 février 2026
« “L’aide à mourir” et la pente glissante de la normalisation de l’euthanasie », Le JDD, 23 février 2026
« Suicide assisté ou euthanasie “au choix” : “l’équilibre” revendiqué sur l’aide à mourir vole en éclats à l’Assemblée », Le Figaro, 20 février 2026
Le discours rampant associant les défenseurs de l’aide à mourir à des nazis prend parfois jusque dans l’hémicycle. Aussi, ils agitent les peurs des personnes âgées, alors que cette loi ne concerne que les personnes malades condamnées, sans espoir de rémission. Et même si notre société l’abhorre, la vieillesse n’est pas une maladie ; elle n’est donc pas concernée par cette loi.
Un texte mesuré et nécessaire
Le texte de loi soumis aux députés et aux sénateurs est l’aboutissement d’années de travaux scientifiques, éthiques et citoyens. Il propose un choix aux personnes malades répondant à cinq critères cumulatifs précis. Ces critères sont la clé de voûte du débat : seule pourra faire ce choix une personne majeure et résidant en France, atteinte d’une maladie incurable dans une phase avancée ou terminale, engageant le pronostic vital, créant des souffrances réfractaires. Par ailleurs, la suite de la procédure est tout autant verrouillée. Le médecin sollicité enclenchera une procédure collégiale incluant différents spécialistes. Enfin, et avant tout, le consentement libre et éclairé de la personne sera demandé et vérifié à trois reprises, à différentes étapes de la procédure.
Les législateurs font face à un choix important et ils doivent se montrer à la hauteur de la responsabilité qui leur est confiée. C’est lors de l’examen d’une telle proposition de loi que le travail parlementaire prend tout son sens : il s’agit d’ouvrir un droit, de combler les trous de la loi et de garantir la liberté des citoyens. Alors que la société civile a pu porter des demandes plus ambitieuses, le texte initial et celui issu de l’Assemblée nationale relèvent du compromis. Nous, malades, proches, soignants et citoyens, vous appelons à l’adopter.