Tribune par FANNY PIDOUX

Le Loiret en première ligne contre l’extrême droite

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Pourquoi la gauche se rassemble-t-elle à Orléans le 24 octobre ? Alors que le Rassemblement national y tient son congrès d’investiture pour la présidentielle de 2027, Fanny Pidoux, membre du Bureau national du Parti socialiste et porte-parole de la fédération du Loiret, convoque l’histoire d’Orléans, de Jeanne d’Arc à Jean Zay. Une histoire qui éclaire les combats d’aujourd’hui contre l’extrême droite. Elle revient aussi sur ce que révèle la gestion du RN à Montargis.

Le Loiret en première ligne contre l’extrême droite

Pourquoi la gauche se rassemble à Orléans le 24 octobre ?

Le Rassemblement national a la mauvaise habitude de se retrouver en terre loirétaine. Ce 24 octobre 2026, son congrès d’investiture pour l’élection présidentielle de 2027 se déroulera dans une salle de 10 000 places, le chaudron habituel du basket orléanais.

La gauche orléanaise s’organise et un large rassemblement a lieu. Au programme : une manifestation, suivie d’un village antifasciste réunissant une cinquantaine d’organisations, des tables rondes et un concert à partir de 17 h 30.

Le 9 juin 2025 nous nous étions fortement mobilisés à Montargis contre le rassemblement européen des partis d’extrême droite. Chloé Ridel représentait le Parti socialiste aux côtés de plus de 2 000 manifestants et prononça un discours puissant devant le village associatif. Nous avons constaté, au fil des dernières élections, une poussée du Rassemblement national dans l’est du département du Loiret, notamment dans la circonscription de Thomas Ménagé (4e circonscription).

Mais Orléans ne déroge pas à la règle observée dans les grandes villes, où l’extrême droite rencontre généralement moins de succès électoraux. Orléans a ainsi ramené le RN à 7 % lors des dernières élections municipales. Certes, ce résultat est aussi à mettre en perspective avec le positionnement de plus en plus populiste de son maire, Serge Grouard.

Que viennent-ils donc faire dans cette galère ? Veulent-ils invoquer l’image de Jeanne d’Arc, qu’ils tentent de s’approprier, alors même qu’il existe ici un consensus politique pour en faire une figure universelle ? D’ailleurs, à l’occasion des élections européennes, Marion Maréchal Le Pen avait déjà essayé de s’imposer comme représentante politique lors des traditionnelles fêtes de Jeanne d’Arc. Face à la colère locale, elle avait dû se faire discrète et présenter sa venue comme une venue privée.

La gauche orléanaise a rappelé, à l’occasion d’un colloque organisé le 16 avril 2025 avec la Fondation Jean-Jaurès, en présence de Paul Klotz, qu’avant de devenir une figure religieuse au XIXe siècle, Jeanne d’Arc était aussi une icône républicaine et populaire, notamment en raison de ses origines sociales. Ainsi elle est perçue comme une femme pieuse, mais aussi comme une femme libre, puissante et résistante.

Et Orléans finalement c’est aussi Jean Zay. Jean Zay est né à Orléans, il y a exercé la profession d’avocat, député du Loiret en 1932, il devient ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts sous le Front populaire. Jean Zay est emprisonné par le régime de Vichy en 1940, il est assassiné le 20 juin 1944 par trois miliciens.

Jean Zay est terriblement contemporain dans sa pensée, il dira en 1934 : « Aucun des arguments péremptoires par lesquels on essaie de nous représenter le fascisme comme impossible en France ne saurait nous convaincre et nous rassurer pleinement. »

Ainsi, la ville reste un lieu essentiel de transmission de son parcours, de ses combats et des valeurs républicaines qu’il incarnait. Le discours du Rassemblement national, marqué par le populisme, l’autoritarisme, l’exclusion, la stigmatisation et la peur, apparaît incompatible avec la nécessité de refonder une société apaisée, rassemblée et résolument tournée vers l’avenir.

Alors oui, il existe une poussée du RN dans l’est du département du Loiret, notamment dans deux villes voisines de plus de 15 000 habitants, Montargis et Amilly. Mais à Montargis, l’élection a été annulée le 24 septembre 2026, en raison de la diffusion d’une vidéo à caractère diffamatoire avant le second tour.

Pour rappel, la liste de gauche, portée par Bruno Nottin (PCF) et Dalip Vehapi (PS), ne s’était inclinée que de 59 voix. Le maire élu, Côme Dunis, avait, quant à lui, déjà démissionné en août 2026, avant qu’un nouvel édile ne soit désigné en septembre.

Cette nouvelle élection, qui devrait sans doute se tenir au printemps 2027 compte tenu de la procédure d’appel, sera essentielle pour ce territoire. Les premières mesures prises sont symptomatiques des orientations politiques portées par le parti de Jordan Bardella : augmentation de 80 % de l’indemnité du maire, arrêt du projet d’antenne de l’Institut Rafaël – consacré à l’accompagnement des personnes atteintes de cancer –, coupes budgétaires dans le service culturel et hausse de certains tarifs de 6 à 32 %, coupes budgétaires dans le service éducation avec une baisse de subvention de 50 000 €.

Quelle place accorde le Rassemblement national aux services publics, à l’éducation, à la culture et à la solidarité dans des territoires où les besoins sociaux sont particulièrement importants ?

À Montargis, où le taux de pauvreté atteint 38 % et où près d’un habitant sur trois a moins de 25 ans, l’accès aux droits et aux services publics est une exigence.

Pour la gauche, une éventuelle nouvelle élection représente plus qu’une simple revanche électorale : c’est un espoir. Elle constituerait une occasion de renouer avec les attentes populaires, de se réancrer et de proposer un projet fondé sur la justice sociale, les services publics et l’égalité.

Le rassemblement prévu le 24 octobre est une étape de la nécessaire reconquête, à l’initiative des organisations syndicales, des partis politiques et des associations. Olivier Faure sera présent pour le Parti socialiste, Clémentine Autain pour l’Après ou encore Sophie Binet pour la CGT…

Plus de 5 000 personnes sont attendues pour réaffirmer notre attachement aux valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de solidarité, et démontrer que le Loiret, comme le reste du pays, ne doit pas tomber aux mains de l’extrême droite.