Voilà maintenant des années que Valérie Pécresse promet aux Franciliens une « révolution des transports ». Sauf à considérer le terme dans son sens premier, à savoir un retour au point de départ, le compte n’y est pas. C’est même tout le contraire. Derrière les grands discours, la réalité crue : retards à répétition, rames saturées, bus supprimés, insécurité et, surtout, un passe Navigo dont le prix augmente chaque année sans que le service ne s’améliore. Valérie Pécresse a fait le choix de sacrifier les transports franciliens sur l’autel de l’austérité budgétaire.
L’accord signé entre Valérie Pécresse et l’ancien ministre des Transports Clément Beaune en 2023 en est l’illustration la plus éclatante. Présenté comme un « plan de sauvetage », il acte en réalité une hausse continue des coûts pour les Franciliens jusqu’en 2031. Le pire étant que ce protocole oblige désormais la région, en verrouillant financièrement Île-de-France Mobilités (IDFM), pour près d’une décennie, alors même que tout prouve aujourd’hui qu’il est mauvais. Le passe Navigo, qui coûtait 70 euros en 2015 lorsque la gauche était aux manettes de la région, va bientôt dépasser les… 100 euros !
Si le service s’améliorait, l’augmentation continue des prix pourrait à la rigueur s’entendre. Les constructions des lignes du Grand Paris Express sont toutes en retard, et nous n’avons même pas de date de mise en service prévue. Quant aux lignes déjà existantes du réseau de transport francilien, elles sont, comme chacun peut le constater, saturées, quand les métros, RER et autres Transiliens ne sont pas supprimés. En résumé, les franciliens paient plus cher un service qui se dégrade chaque année. La belle affaire !
La mise en concurrence accélérée, à laquelle la libérale Valérie Pécresse s’accroche comme l’Église s’accrochait dogmatiquement au géocentrisme, participe de cette dégradation de service. Partout où elle a été mise en œuvre en Europe, elle a fragmenté les réseaux et compliqué le quotidien des usagers. Les dysfonctionnements et les conflits sociaux lors du démarrage des nouveaux contrats interrogent sur la pertinence du modèle contractuel d’IDFM.
La vérité, c’est que cette « révolution des transports » s’est fracassée sur le mur d’une austérité budgétaire érigée en doctrine par la droite, au niveau régional comme au Parlement. Et les usagers en paient le prix fort !
Pourtant, d’autres solutions existent. C’est pourquoi nous réclamons la renégociation du protocole financier entre l’État et IDFM afin d’introduire d’autres sources de financement pour épargner le pouvoir d’achat des usagers. Nous avons proposé à plusieurs reprises, à cet égard, d’appliquer un principe de « pollueur-payeur » en instaurant une taxe sur les poids lourds et une taxe sur le e-commerce pour financer les investissements importants du réseau dans les années à venir. Nous proposons aussi d’augmenter le taux du versement mobilité, payé par les entreprises, dans certaines zones profitant de l’offre de transports et de son extension, comme à La Défense, quartier desservi par deux RER.
Cette évolution est nécessaire, car la spirale d’augmentation des tarifs fragilise la dynamique des recettes tarifaires qui ne retrouvent pas leur niveau d’avant Covid. La hausse du prix du passe Navigo risque de détourner des usagers de ce titre de transport pourtant indispensable à l’utilisation des transports en commun. En d’autres termes, le danger de voir le report modal s’arrêter, voire s’inverser, existe.
Ce sont particulièrement les jeunes qui sont touchés par cette hausse du prix. Eux qui sont aussi les grands sacrifiés du budget proposé par le gouvernement du centre et de la droite voient leur accès au transport fragilisé. Suppression du forfait Navigo Jeunes week-end, hausse du tarif Imagine R renouvelée en 2026, et maintien d’un tarif réduit très restreint. Par comparaison, d’autres métropoles affichent des politiques tarifaires bien plus protectrices.
C’est pourquoi nous demandons que la Région s’engage dans la création d’un bouclier social tarifaire pour les jeunes, intégrant la potentielle gratuité du passe Imagine R pour les jeunes de moins de 26 ans bénéficiaires des minima sociaux, demandeurs d’emploi, en parcours d’insertion ou auto-entrepreneurs, mais aussi une harmonisation des seuils d’âge des réductions tarifaires avec les standards européens. Il est nécessaire d’harmoniser les politiques de soutien aux jeunes dans le domaine des transports, en coopération avec les départements. Cette coopération n’aurait pas vocation à uniformiser par le bas, ni à restreindre les dispositifs existants, notamment ceux déployés par la Ville de Paris ou les départements les plus engagés. Elle viserait au contraire à élever collectivement le niveau de solidarité territoriale.
En somme, ce dont l’Île-de-France a besoin, ce n’est certainement pas de slogans marketing répétés à l’envi par Valérie Pécresse. Pas davantage que de libéralisme exacerbé, louant la mise en concurrence et la mise à contribution des usagers plutôt que du capital. Ses choix sont éminemment politiques. Appréhender la question des transports comme une simple « gestion » est déjà une faute, mais quand la gestion économique est dramatique, alors on court tout droit à la catastrophe. Il est encore temps d’arrêter de faire payer les voyageurs pour des promesses non tenues. Les millions de franciliens, usagers quotidiens des transports en commun, méritent mieux.