Interview avec HERVé GILLé ET JEAN-CLAUDE TISSOT

«Vivre du lait » : une projection organisée par les sénateurs Hervé Gillé et Jean-Claude Tissot

- TEMPS DE LECTURE : 5 min
AUTEUR : LOU GAUTIER

Jeudi 26 février, les sénateurs Hervé Gillé (Gironde) et Jean-Claude Tissot (Loire) ont accueilli la projection du film-documentaire “Vivre du lait”. Réalisé par Lorraine Reinsberger et Flo Laval, ce film donne la parole à des éleveur.euses de vaches laitières. Alors que l’édition 2026 du  Salon international de l’Agriculture touche à sa fin, cette projection a été l’occasion d’évoquer le revenu des agriculteur.ices, leur quotidien, et le modèle d’agriculture que l’on souhaite perpétuer pour les années à venir. Les sénateurs Hervé Gillé et Jean-Claude Tissot reviennent sur la projection de ce film et les enjeux qui y sont abordés.

«Vivre du lait » : une projection organisée par les sénateurs Hervé Gillé et Jean-Claude Tissot

Pourquoi avez-vous tenu à accueillir la projection de ce  film au Sénat ? 

Hervé Gillé – Tout d’abord, nous sommes en plein Salon international de l’Agriculture, donc mettre en lumière ce documentaire me paraissait vraiment intéressant et utile. J’ai été agréablement surpris de la manière dont il couvre l’ensemble des sujets et des problématiques que connaît le monde agricole, je trouvais que la démarche était vraiment pertinente. Si nous, parlementaires, pouvons également aider de cette manière, pour mettre en lumière ce type de réalisation il faut le faire. 

Jean-Claude Tissot – Il nous faut avoir en tête que la production laitière fait partie intégrante de la production nationale. Si on prend le package complet de la production agricole, la production laitière est extrêmement importante. Quand la production laitière va mal, il est important de la soutenir à la mesure de nos moyens. La projection de ce film est l’occasion de  faire un éclairage, de vulgariser le propos. 

Comment ce film met en lumière la réalité du monde agricole d’aujourd’hui ?

Hervé Gillé – Dans ce film, nous suivons différentes exploitations, plus ou moins grandes, qui sont dans différents départements, et notamment une sur mon territoire, la Gironde. Il montre l’inquiétude et les difficultés que les exploitants peuvent ressentir aujourd’hui, et c’est en cela qu’il est bien fait. De plus, il a un côté humaniste qui est assez profond et que l’on ressent véritablement dans le film. C’est vraiment le type d’outil très utile aujourd’hui pour mieux comprendre certains aspects de la crise agricole. 

Et est-ce que vous partagez le constat d’un monde agricole en crise et comment ce constat-là alimente votre travail parlementaire au quotidien ? 

Jean-Claude Tissot – Ce terme de “monde agricole en crise” est à prendre avec des pincettes, parce qu’il y a différentes réalités agricoles, différentes filières, il y en a qui vont très bien, il y en a d’autres qui vont un peu moins bien. Mais c’est aussi quelquefois la résultante de stratégies qui n’ont pas été pertinentes. On est dans une dynamique où les cours sont plutôt hauts si l’on parle de la viande bovine. Le lait était assez haut, aujourd’hui c’est moins vrai puisqu’on risque d’être sur une dynamique moins bonne pour les années qui arrivent. Il y a aussi les crises géopolitiques avec la problématique de l’Ukraine et l’approvisionnement en blé, ce qui nous fait toucher du doigt un risque d’autonomie alimentaire. Donc oui, l’agriculture est en crise, mais si nous n’y prêtons pas plus attention, elle sera perpétuellement en crise. C’est à nous, parlementaires, de donner des outils pour faire en sorte que ces crises conjoncturelles ne deviennent pas des crises structurelles. 

Quels outils pouvez-vous, à votre échelle, mettre en place pour tenter de sortir de cette crise et mettre en place un modèle agricole plus durable ?

Hervé Gillé – A l’heure actuelle, 74 % du revenu des agriculteurs dépendent des aides de la politique agricole commune (PAC, politique européenne agricole). De même, 80% des aides de la PAC sont captées par 20% des agriculteurs. Le prix du lait payé aux producteurs se situe sous 50 centimes le litre. Ces chiffres doivent nous interroger. 

Au-delà de la loi Egalim qui est fondamentale pour sécuriser les prix en amont et en aval, la question de la consommation locale est quand même un vrai sujet. Nous pouvons améliorer le fait qu’il y ait une consommation, de la transformation locale. Nous devons mettre en place à travers des projets alimentaires territoriaux inscrits dans une stratégie départementale et régionale, valoriser autant que possible les produits locaux et les circuits courts. Cela constitue une plus-value dans le modèle économique en termes de fonctionnement. 

Jean-Claude Tissot – Il y a un paramètre à ne pas perdre de vue quand on parle d’agriculture en général, au-delà de la production laitière, qui est le fait qu’aujourd’hui, on a 400 000 paysans. Dans 10 ans, la pyramide des âges, si rien n’est fait, fera qu’il n’y en aura plus que 200 000. Donc, comment faire pour occuper l’espace ? Comment faire pour garder le volume de production ? C’est toute cette réflexion que nous devons avoir en tant que parlementaires. Et ce, en discutant avec la profession, avec les syndicats, avec les consommateurs. Il faut aussi réfléchir à quels outils mettre en place pour que les fermes continuent à se transmettre. Nous voyons bien aujourd’hui que les très grandes fermes de plusieurs centaines d’hectares, de plusieurs milliers d’hectares sont intransmissibles. Cet aspect constitue clairement une porte ouverte à la financiarisation, à l’achat du foncier par des entités étrangères. Il faut qu’on se réapproprie aussi cette problématique de transmission, il nous faut faciliter la transmission de fermes à taille humaine.