Tribune par KARINE DANIEL ET GULSEN YILDIRIM

Parcoursup : l’arbre qui cache la crise de l’enseignement supérieur

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Alors que la phase d’admission de Parcours Sup bat son plein, Karine Daniel, sénatrice de Loire-Atlantique et économiste et Gulsen Yildirim, professeure des universités en droit à l’Université de Limoges, reviennent sur l’origine du problème de la plateforme, dénoncent les causes profondes du déterminisme géographique et social et défendent une autre vision de l’orientation des jeunes.

Parcoursup : l’arbre qui cache la crise de l’enseignement supérieur

La session Parcoursup 2026 marque un nouveau record : près d’un million de candidats ont eu recours à la plateforme pour accéder à l’enseignement supérieur, dont 657 000 élèves de terminale. À l’heure où s’ouvre la phase principale d’admission, et après plusieurs campagnes, il convient de tracer des perspectives d’évolution de cette plateforme.

Les critiques adressées à Parcoursup sont identifiées : opacité des procédures, complexité des critères d’admission, sentiment de décisions arbitraires et incapacité à renforcer la mixité sociale. Ces difficultés nourrissent une défiance croissante à l’égard du système. Pourtant, focaliser le débat sur la seule plateforme est une impasse. Parcoursup n’est pas la cause du problème, mais le révélateur des tensions qui traversent notre système d’enseignement supérieur.

Dans ce contexte, un espace favorable s’est ouvert au développement de certains acteurs privés. Profitant de l’anxiété suscitée par le premier couperet des résultats, de nombreuses écoles organisent, dès le début de la phase d’admission, des campagnes de recrutement destinées aux candidats déçus. L’essor de l’enseignement supérieur privé s’accompagne ainsi d’une logique de marchandisation de l’éducation qui interroge. Le projet de loi relatif à la régulation de l’enseignement supérieur privé, examiné au Sénat le 1er juin 2026, demeure insuffisant pour lutter efficacement contre certaines pratiques commerciales contestables. Être « hors Parcoursup » peut paradoxalement être un élément d’attractivité pour des établissements qui peuvent demander aux jeunes et aux familles des frais d’inscription exorbitants sans gage de qualité.

Parcoursup n’est que la partie émergée de l’iceberg : celui de la crise de l’orientation, de l’accès équitable à l’enseignement supérieur et de la réussite des étudiants dans le premier cycle universitaire.

Revenons à l’origine du problème. Parcoursup, comme auparavant APB (Admission post-bac), met en lumière un déséquilibre structurel entre le nombre croissant d’étudiants et les moyens accordés à l’enseignement supérieur. Depuis les années 2000, les universités ont dû accueillir des effectifs toujours plus importants alors que leurs budgets ont stagné et que le taux d’encadrement n’a cessé de se dégrader. Face à cette réalité, la sélection par les capacités d’accueil est progressivement devenue la norme, même si le droit d’accès au premier cycle universitaire demeure inscrit dans la loi.

Il faut dépasser le faux débat de la simple suppression de Parcoursup et s’attaquer aux causes profondes du problème. L’orientation ne doit plus être subie, dictée par des déterminismes géographiques et sociaux amplifiés par les algorithmes ; elle doit devenir un processus préparé, accompagné, éclairé et réversible. Cette ambition suppose la construction d’un véritable parcours d’orientation s’inscrivant dans une continuité de bac -3 à bac +3, centré sur le projet personnel de chaque jeune. Cet accompagnement doit aller de pair avec un suivi social, par un système de bourses renforcé. La baisse à venir de la démographie imposera d’améliorer l’accès de nombreux jeunes à l’enseignement supérieur et à la recherche. C’est un enjeu majeur d’innovation et de souveraineté pour la France et pour l’Europe.

Une telle transformation exige des moyens. Elle nécessite des conseillers d’orientation formés, reconnus et en nombre suffisant pour accompagner durablement les lycéens dans l’élaboration de leur projet d’études. Elle repose également sur une coopération étroite entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur, afin que les choix d’orientation soient construits progressivement, en lien avec les réalités des formations et des débouchés.

Nous devons également bâtir un processus d’accès à l’enseignement supérieur plus transparent, plus lisible et plus démocratique. Les critères d’admission doivent être compréhensibles par tous. Les familles doivent pouvoir connaître les règles qui président aux décisions. L’humain doit reprendre sa place dans un système aujourd’hui perçu comme opaque et déshumanisé.

Une plateforme numérique n’est qu’un outil : elle ne doit jamais devenir le symbole du renoncement à investir dans l’avenir. Notre responsabilité est de la transformer pour qu’elle soit au service de l’émancipation, de la transparence et de l’égalité, et non l’instrument d’une gestion de la pénurie. C’est à cette condition que chaque jeune pourra être accompagné dans la construction de son avenir. C’est l’intérêt des jeunes, de leur famille et de notre pays.

Karine Daniel est sénatrice de Loire-Atlantique et économiste.

Gulsen Yildirim est professeure des universités en droit, directrice d’un centre de recherches et responsable de master à l’Université de Limoges.