Quelles sont leurs revendications ?
Après les grands incendies des Landes de 2022, le Beauvau de la sécurité civile, tenu en 2024, avait fait naître l’espoir. Cette concertation nationale, censée moderniser les services de secours, n’a pourtant toujours pas abouti. Pire, de l’avis général des organisations, le projet de loi préparé par le gouvernement ignore les préconisations du Beauvau.
Alors, aujourd’hui, les pompiers portent plusieurs exigences. D’abord, des effectifs à la hauteur. Le modèle français repose sur une majorité de volontaires et une minorité de professionnels. En 2025, un rapport de l’inspection générale de l’administration a pointé le manque de pompiers professionnels. Sur cette base, les organisations réclament 21 000 postes supplémentaires.
Ensuite, ils souhaitent un financement pérenne des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS). Pour cela, les syndicats demandent d’augmenter la part de la taxe spéciale sur les conventions d’assurance (TSCA) qui leur est affectée.
Ils plaident aussi pour une gestion des appels associant le SAMU et le 18-112 dans chaque département. Il s’agit de mieux réguler les secours et d’éviter qu’ils ne soient transformés en ambulanciers, chargés d’emmener aux urgences, faute de mieux, des patients qui relèvent d’un médecin de ville. Revendication allant de pair avec un recentrage sur le cœur de leur mission, autour du secours et des soins d’urgence aux personnes (SSUAP), qui ont représenté 4,89 millions d’interventions en 2025, soit 87 % de leur activité.
Enfin, les pompiers se battent pour que leur métier soit reconnu comme dangereux et insalubre, notamment à cause de la toxicité des fumées.
Quel rapport de force pour la grève des pompiers ?
Pour la députée écologiste du Bas-Rhin Sandra Regol, « les politiques n’écoutent pas les pompiers parce qu’ils n’ont pas de vrais moyens de pression. Quand ils sont en grève, comme aujourd’hui, ils assurent quand même les sauvetages, conscients qu’il y a des vies derrière. C’est très cynique, mais les politiques savent que les pompiers ne lâcheront pas leurs missions, alors ils s’autorisent à les balader. » (Le Monde, 29 septembre 2026)
Les métiers qui sauvent des vies seraient-ils condamnés à ne jamais disposer d’un vrai levier, puisqu’ils continueront, coûte que coûte, à secourir ? L’histoire montre pourtant que certaines mobilisations ont payé, mais qu’on se retrouve régulièrement au même point, comme dans un incendie sans fin.
En France, il y a 23 ans, après un été éprouvant, marqué par une canicule meurtrière et d’importants incendies, les soldats du feu se sont mobilisés pour de meilleures conditions de travail et de retraite. Depuis, les pompiers français se mettent en grève tous les deux ans environ, avec une ampleur variable et des résultats inégaux. Le malaise dépasse nos frontières : les pompiers bruxellois sont entrés cet été en grève illimitée, pour dénoncer un sous-effectif structurel et un sous-financement.
La grève la plus historique est sûrement celle des années 1977-1978 au Royaume-Uni. La grève nationale de neuf semaines a fini par obtenir 10 % d’augmentation, loin des 30 % réclamés, mais elle a imposé une formule d’indexation sur les salaires ouvriers, qui a protégé le pouvoir d’achat des pompiers pendant plus de vingt ans. Une grève peut perdre sur le chiffre et gagner sur le mécanisme.
Même ampleur en France quinze ans plus tard, le 1er décembre 1990, 50 000 pompiers ont défilé à Paris, après la publication de décrets sur leur statut sans aucune concertation. Ils ont obtenu la modification des statuts des sapeurs-pompiers professionnels (SPP), la reconnaissance des sapeurs-pompiers volontaires (SPV), la nouvelle bonification indiciaire (NBI) et la nomination de 2 000 sous-officiers hors quotas.
Plus récemment, en 2019-2020, dans le prolongement d’une grève entamée en juin, les syndicats ont revendiqué 7 000 à 10 000 manifestants à Paris en octobre 2019. Le service n’a pas été paralysé puisque les pompiers sont astreints à un service minimum, mais la manifestation de janvier 2020 a relancé la pression. Résultat, la prime de feu est passée de 19 % à 25 %, et le ministre de l’Intérieur s’est engagé à inscrire dans la loi un départ possible à la retraite dès 57 ans.
En 2026, l’intersyndicale avance unie
Cet automne, pour la première fois, les neuf organisations syndicales de pompiers professionnels agissent de concert au sein d’une intersyndicale, avec un préavis de grève du 8 septembre au 20 octobre. Alors que les pompiers étaient réunis en congrès annuel, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a tenté de trouver une issue au conflit, dans un discours retransmis au congrès : un milliard d’euros sur cinq ans pour renforcer les SDIS. Le gouvernement prévoit en effet, dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2027, un « relèvement exceptionnel » de la TSCA, estimé à 200 millions d’euros par an. Le ministre a aussi assuré que le projet de loi de modernisation de la sécurité civile contiendrait un article faisant explicitement apparaître ces moyens.
L’annonce est accueillie avec prudence par les syndicats, et notamment par Xavier Boy, président du syndicat autonome des pompiers professionnels FA/SPP-PATS : « C’est une orientation politique intéressante, mais une annonce ne vaut pas engagement budgétaire pérenne. Nous jugerons sur les textes, les montants réellement inscrits et les sommes effectivement perçues par les SDIS. » Le préavis de grève court jusqu’au 20 octobre, date d’ouverture de l’examen du budget 2027.
Il va sans dire que les pompiers ne devraient pas avoir à se battre tous les deux ans pour obtenir les moyens de nous protéger. Ils font pleinement partie de la planification pour la bifurcation écologique que nous souhaitons instaurer.
- Capture d’écran sur X du Nouveau Populaire,