Q. Deranque ne devait pas mourir. Ses idées, si.
Le 14 février 2026 est mort Quentin Deranque. Militant néonazi, il est décédé suite à ses blessures obtenues lors d’une rixe ayant eu lieu deux jours plus tôt, face à des militants d’ultragauche, en marge d’une conférence à Sciences Po Lyon.
Les 17 et 18 février, l’Assemblée nationale puis le Sénat ont tenu une minute de silence. La représentation nationale a donc choisi d’honorer un militant néonazi pour ses idées.
Tout meurtre est condamnable. Et la violence n’est jamais à glorifier. Q. Deranque était un militant opposé à la République et à ses principes les plus essentiels. Les enquêtes journalistiques révèlent que son groupuscule était probablement à l’origine de l’affrontement. Alors pourquoi Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher ont-ils pu juger opportun, pire, nécessaire, d’organiser une minute de silence ?
Pour rappel, le 29 avril 2024, Yaël Braun-Pivet a refusé d’organiser une minute de silence pour Aboubakar Cissé, victime d’un meurtre islamophobe. Face au risque de scandale, elle cède, mais argumente qu’il n’y a pas à tenir de minute de silence pour les cas individuels – niant par ces paroles le caractère structurel de l’islamophobie en France. Gérard Larcher, lui, persiste.
À l’inverse, pour Q. Deranque, militant néofasciste, ils n’ont exprimé aucune réserve à l’organisation d’un tel hommage, malgré les combats du défunt.
Un hommage à un militant d’une idéologie nocive, mort en se battant pour ses idées
Rappelons que, depuis 40 ans, parmi les 53 meurtres politiques en France, 48 sont du fait de l’extrême droite. Douze personnes ont été assassinées depuis 2022. Le dernier attentat terroriste d’extrême droite en France date de mai 2025, commis par un sympathisant RN. La mort de Q. Deranque est une exception parmi les meurtres politiques, contrairement à la violence idéologique néonazie.
L’extrême droite repose sur un socle de pensée fasciste, qui prône la hiérarchie entre les êtres humains : les hommes sur les femmes, les Blancs sur les autres, les catholiques sur les autres, etc. Ces mouvements, malheureusement en vogue, s’ancrent dans un rapport de force volontaire et assumé. Q. Deranque — tout comme les multiples groupuscules auxquels il a appartenu — était un militant violent du néofascisme. Son meurtre est évidemment condamnable ; pour autant, ses combats ne méritent pas qu’on leur rende hommage.
Ces minutes de silence ne peuvent être ignorées : après avoir envahi les médias traditionnels et gangrené les discours politiques, l’extrême droite a fait basculer nos institutions.
L’ignorance utilisée comme excuse manque de crédibilité
Alors que les enquêtes officielles suivent leur cours, les journalistes sont d’une aide précieuse pour lutter contre les discours faisant de Q. Deranque un martyr. L’origine de l’affrontement devra évidemment être tranchée par la justice. Néanmoins, les enquêtes journalistiques, de Contre-Attaque à BFM TV, indiquent une habitude de connivence entre Nemesis (groupuscule fémonationaliste) et Audace (groupuscule néofasciste issu d’anciens collectifs dissous par décisions de justice) pour créer des embuscades à des militants d’ultragauche. De plus, les vidéos affichent bien un groupe d’ultradroite cagoulé, avec des gants coqués et des casques. Bref, paré au combat. Aussi, plusieurs attestent que Q. Deranque a refusé la prise en charge médicale pour échapper à la police. Les réactions initiales dénonçant une attaque de la part de l’ultragauche ne semblent donc pas tenir. Elles n’ont malheureusement que peu été démenties dans les médias.
Récemment, Mediapart a retrouvé les comptes X (ex-Twitter) du militant : racisme, antisémitisme, sexisme, tout y passe. Interrogée, Yaël Braun-Pivet a d’abord refusé de regretter l’hommage, bien que « horrifiée » par ces révélations. Mais ces tweets ne sont pas une surprise pour toutes celles et ceux ayant résisté à la vague d’incrimination de l’ultragauche. Avant même les minutes de silence parlementaires, Le Canard enchaîné démontait le narratif d’un Q. Deranque isolé et pris par surprise par la Jeune Garde.
Au vu des éléments déjà à disposition de toutes et tous le 17 février, la tenue de minutes de silence constitue une dégradation des principes et des valeurs de notre République.
Yaël Braun-Pivet a depuis admis que l’hommage n’aurait pas dû avoir lieu, sans admettre que suffisamment d’éléments étaient déjà à disposition pour refuser cette requête. Celle-ci était formulée par Éric Ciotti (UDR, allié du RN) à l’Assemblée.
La conférence des présidents n’aurait pas dû céder à l’emballement médiatique et accéder à cette demande. Au Sénat, la promesse faite par G. Larcher de dédier cet hommage à toutes les victimes de violences politiques a pu faire passer la pilule, mais elle n’a pas été tenue.
Les conséquences du choix de Yaël Braun-Pivet et de Gérard Larcher ne doivent pas être minimisées. Il est maintenant, en France, plus probable de tenir un hommage à un néonazi qu’aux victimes de cette idéologie.
La dédiabolisation du RN est parvenue à faire basculer nos institutions
Nous savions que Yaël Braun-Pivet a été élue à deux reprises à la présidence de l’Assemblée nationale grâce aux voix du RN — oui, même au lendemain du barrage républicain. Pour autant, l’affichage assumé d’un soutien à un militant néonazi représente un basculement de nos institutions. Car Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher n’ont pas agi en tant que membres des partis macroniste et Les Républicains, mais en tant que têtes des chambres parlementaires françaises. À ce titre, ils ont décidé d’ignorer tout ce pour quoi la République française se bat. Liberté, Égalité, Fraternité ne sont pas que des frontons de mairie : c’est la devise de la lutte contre l’oppression et les discriminations. C’est le cri des résistants face à Hitler, à l’idéologie mortifère du suprémacisme blanc.
Les deux présidents portent une responsabilité dans les manifestations tenues le week-end suivant, où ont été commis saluts nazis et hommages au Führer. La dédiabolisation du FN, puis du RN, est indéniablement un succès pour les militants de l’extrême droite. Les gestes de Yaël Braun-Pivet et de Gérard Larcher en sont la preuve. Emmanuel Macron a voulu recomposer le paysage politique pour ne garder que le RN comme adversaire ; il en sera devenu l’allié.
- Captures d’écrans de Blast