Analyse par LA RéDACTION

Thibaut François : grand manitou au coeur des perquisitions du groupe RN au Parlement Europèen et « diplomate de l’ombre » de Marine Le Pen et de Jordan Bardella

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Le parquet européen enquête sur 4,33 millions d’euros de dépenses contestées de l’ancien groupe du RN. Au cœur du dossier notamment des contrats avec les sociétés de la « GUD connection ». Dans l’ombre, un nom revient : celui d’un ancien député de Douai, Thibaut François.

Thibaut François : grand manitou au coeur des perquisitions du groupe RN au Parlement Europèen et « diplomate de l’ombre » de Marine Le Pen et de Jordan Bardella

Mercredi 21 octobre, la session du Parlement européen débutait à peine lorsque des policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales  (OCLCIFF), opérant pour le parquet européen, ont investi le bâtiment Louise-Weiss, à Strasbourg. Idem à Bruxelles avec la police belge.

Dans le collimateur de la justice : la gestion d’Identité et démocratie (ID), le groupe où siégeait le Rassemblement national entre 2019 et 2024. 

Les millions de la « GUD connection »

L’enquête est née d’un rapport de la direction des affaires financières du Parlement, révélé en juillet 2025. Selon ce document, ID aurait « indûment dépensé » 4,33 millions d’euros d’argent public européen. Il pointe plus de 700 000 euros de dons à des associations sans lien avec le travail parlementaire.

Il vise surtout, écrit Le Monde, des contrats passés, « parfois sans appels d’offres, avec des entreprises proches du RN ». Les principales bénéficiaires sont Unanime et e-Politic, que le quotidien qualifie de « deux sociétés de la “GUD connection” ». Le nom renvoie au Groupe Union Défense, groupuscule étudiant d’extrême droite. Dès juillet 2024, Le Monde les décrivait comme liées à « des amis de Marine Le Pen restés proches des cercles néofascistes » dont la figure centrale reste Frédéric Chatillon. Selon le quotidien, e-Politic a été revendue à l’un de ses proches. Unanime a été cédée à une société italienne baptisée Edda, comme la fille de Mussolini, et contrôlée par Chatillon lui-même depuis Rome.

Le marché était particulièrement juteux. Et Open Bar. Ainsi, un contrat-cadre signé en 2020 avec le groupe ID ne prévoyait « aucun plafond ». Résultat, en trois ans, les deux sociétés ont encaissé plus de 2,2 millions d’euros, selon Le Monde.

L’homme qui avait la main : Thibaut François

Sur le papier, c’est Philip Claeys, l’ancien secrétaire général du groupe ID qui « supervisait la signature de l’ensemble de ces contrats ». Cependant, il conteste tout et assure que ses comptes ont été certifiés et approuvés. 

La réalité de la prise de décision semble, en effet, bien différente. Ainsi, Le Monde ajoute un nom au dossier : « Selon plusieurs sources internes au Parlement européen, c’est toutefois le secrétaire général adjoint du groupe, Thibaut François, qui avait la haute main sur les contrats passés par la délégation française. » 

Ce trentenaire, toujours en poste, est décrit comme un « proche conseiller de Marine Le Pen et Jordan Bardella », dont il organise les déplacements à l’étranger.

Et ce n’est pas la première fois que son nom croise celui de l’argent européen.

Un protégé de la présidente du FN qui « se payait lui-même » en tant que consultant

En mars 2018, Mediapart révèle la crise qui secoue la fondation européenne du FN, la FENL, dans une enquête de Marine Turchi. Son nouveau président, l’eurodéputé Jean-Luc Schaffhauser, démissionne trois mois après son arrivée. Il accuse un consultant proche de Marine Le Pen d’avoir pris « le contrôle total » de la fondation et de lui refuser l’accès aux comptes.

Ce consultant, c’est Thibaut François, alors 28 ans, présenté comme « un protégé de la présidente du FN ». Il facture 4 300 euros hors taxes par mois à la fondation, via sa société belge Fraconsor. Dans sa note interne, Schaffhauser s’étonne : « on voit mal comment un consultant peut se payer lui-même sans un détail de son travail ». Une note de ses avocats évoque une « rémunération excessive » et un risque pénal d’« abus de confiance ». Le FN parle alors d’un simple « conflit personnel ».

Des factures doublées, puis retoquées

La suite est encore plus rocambolesque. C’est Le Monde qui la raconte en juillet 2024. Thibaut François quitte la fondation mais garde le secrétariat général du parti européen. Il « double ses factures mensuelles », qui passent de plus de 10 000 euros à plus de 20 000 euros par mois, taxes incluses. Sa justification : son départ de la fondation lui laisserait deux fois plus de temps pour le parti. L’argument « ne convainc pas les services du Parlement », qui lui refusent plus de 100 000 euros de factures en 2019. Interrogé, il répond n’être « membre d’aucune des trois entités mentionnées ».

No limit. Après la dissolution de 2024, le voici de retour à Bruxelles. Selon des sources internes citées par Le Monde, il serait devenu « le collaborateur français le mieux payé du groupe ». Son grade, AD 14, correspondait en 2021 à 149 075 euros nets par an.

Douai, simple escale

Entre-temps, Thibaut François s’est inventé un ancrage dans le Nord. Candidat aux législatives de 2017, tête de liste aux municipales de 2020 à Douai, il est élu député en 2022, « à sa grande surprise », note Le Monde. En 2024, il est le seul député RN sortant du Nord et du Pas-de-Calais à ne pas se représenter, relève Laurent Decotte dans La Voix du Nord. Il avait pourtant « toutes les chances d’être réélu ». Mais le bougre préfère Bruxelles, « où il est très bien payé ». La circonscription revient à un allié ciottiste, Thierry Tesson.

  • Nouveau Populaire, capture d’écran internet, François Thibaut, en 2022