En 2017, Emmanuel Macron promettait le plein-emploi — autrement dit un taux de chômage à 5 % de la population active, qui équivaudrait à un chômage dit « conjoncturel », le temps qu’offre et demande se mettent en adéquation. Après de nombreuses baisses du taux de chômage au début de son premier mandat — juste à temps pour se demander si elles n’étaient pas le résultat du mandat précédent — et après la crise liée à la pandémie, les statistiques ne jouent pas en faveur du président de la République. En effet, l’Insee a révélé le 13 mai que le taux de chômage a atteint 8,1 % au premier trimestre 2026, plus haut taux depuis 2021.
Un marché du travail en berne
Le nombre de demandeurs d’emploi en France (hors Mayotte) au sens du Bureau international du travail croît ainsi de 68 000 par rapport au trimestre précédent, à 2,6 millions de personnes. Les plus touchés par cette hausse sont les jeunes de moins de 25 ans, affichés à + 2 points. Ils et elles souffrent d’un marché du travail en berne. Ainsi, la part des 16-29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation augmente et atteint 13,1 %. Il faut remonter, hors Covid, à 2018 pour retrouver un tel taux.
De tels résultats pourraient être considérés comme une anomalie ; ils s’inscrivent malheureusement dans une tendance : + 0,7 point sur un an. Autre indicateur porteur de mauvaises nouvelles : le chômage de longue durée est aussi en hausse. 626 000 personnes sont au chômage depuis au moins un an, soit 36 000 de plus qu’au trimestre précédent. Encore une fois, il faut remonter à 2022 et à la fin de la crise Covid pour trouver un taux similaire.
Que peut attendre la population active du filet de secours que représente la sécurité sociale ? De moins en moins.
C’est ce que démontre la Dares, institut statistique ministériel, dans son bilan final de la réforme de l’assurance chômage de 2019. Les multiples modifications de l’assurance chômage menées sous les mandats Macron ont durci les conditions d’accès à l’assurance chômage, augmenté les risques de radiation et réduit la durée ainsi que le montant des indemnités. Ces réformes ont été faites au nom d’une politique de l’offre : casser le coût du travail et faciliter les licenciements.
Ainsi, les gouvernements d’Édouard Philippe ont baissé le montant des allocations chômage en changeant le mode de calcul du salaire journalier de référence et durci les conditions d’accès aux droits, en augmentant à six mois la durée nécessaire de travail pour bénéficier d’une indemnité. La baisse des indemnisations est impitoyable : -18 % en moyenne. Le durcissement des conditions d’accès à l’assurance chômage n’a donc conduit qu’à… un moindre accès à l’assurance chômage. Qui aurait pu le prédire ?
Malheureusement, mais sans surprise, ces politiques publiques ont aussi eu pour résultat de précariser les travailleurs et les emplois existants.
Et ceux qui ont encore un poste ? La précarisation des travailleurs progresse
La réforme de 2019 avait pourtant aussi pour objectif de lutter contre les contrats courts. En effet, un système de « bonus-malus » sur les cotisations a été instauré pour pénaliser les employeurs y recourant de manière abusive.
La Dares explique que la réforme a bien eu « un impact positif et significatif sur la probabilité de retrouver un emploi dans les deux mois [suivant l’inscription au chômage] ». Pour autant, elle démontre que le nombre de contrats durables n’a pas augmenté.
L’Unédic, le gestionnaire de l’assurance chômage, renchérit : « la hausse de l’accès à l’emploi est portée intégralement par la reprise de CDD et de contrats d’intérim de moins de six mois ». L’agence ne voit « aucun effet significatif » sur des contrats de plus de six mois « ni sur la reprise de CDI ». Sous la pression financière et les menaces de perte de droits, les travailleuses et travailleurs ont accepté des emplois sous-qualifiés, sous-rémunérés et précaires. Cette réforme a donc favorisé les parcours fragmentés et la moindre qualité de l’emploi.
Dans son étude parue en mai dernier, l’Insee abonde et met en évidence la destruction de postes salariés dans le secteur privé. À la place ? Des auto-entreprises. « Est-ce des entreprises qui préfèrent détourner le modèle social en demandant aux travailleurs de passer par l’auto-entrepreneuriat, puisque ça coûte moins cher ? Ou est-ce que les personnes qui perdent leur emploi salarié créent leur microentreprise parce que c’est rapide ? », s’interroge l’économiste Éric Heyer, directeur du département Analyse et prévision de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), dans Alternatives Économiques.
« Quels sont ces emplois créés ? Cela doit être éclairci. La plupart sont des apprentis ou des microentrepreneurs, c’est-à-dire des emplois subventionnés ou à bas salaires. » Bruno Coquet, chercheur associé à l’Observatoire français des conjonctures économiques, dans Le Monde.
Ce déplacement vers l’auto-entrepreneuriat n’est pas anodin, car le non-salariat rémunère moins et protège moins des aléas de la vie : maladie et chômage notamment.
« Je traverse la rue, je vous en trouve [un travail]. » Emmanuel Macron, le 15 septembre 2018.
Parallèlement, le phénomène de « smicardisation » des salariés progresse dans le secteur privé : la part des personnes payées au Smic a augmenté entre 2017 et 2023, de 10,7 % à 17,1 %.
Alors, on constate dans la dernière enquête « Fractures françaises » d’octobre 2025 que le chômage n’arrive qu’en treizième position des préoccupations des Français, très loin derrière le pouvoir d’achat ou la sécurité. Logique, lorsque le travail ne rémunère pas assez pour vivre.
La pauvreté explose en France
Il y a, en France, 9,8 millions de personnes sous le seuil de pauvreté, soit 1 Français sur 7 (15,4 %). Les statistiques sont affolantes : 650 000 personnes ont basculé dans la pauvreté en l’espace d’une année, 30 % des habitants les plus modestes ont connu une baisse de leur niveau de vie, particulièrement marquée pour les 10 % les plus pauvres.
La pauvreté des familles monoparentales a particulièrement augmenté (+ 3 %), car elles sont d’autant plus à risque du « travail pauvre » : des revenus du travail insuffisants pour se maintenir hors de la pauvreté, et encore plus pour en sortir. En conséquence, le taux de pauvreté des enfants a atteint 21,9 % (+ 1,5 point). Plus d’un enfant sur 5, donc.
Au-delà des atteintes à la solidarité, les politiques d’Emmanuel Macron ont attaqué les travailleuses et les travailleurs ainsi que leurs capacités d’émancipation économique. Depuis 2017, l’ascenseur social est toujours plus cassé et le niveau de vie baisse. Résultat, 90 ans après les congés payés, « Soixante-huit pour cent des Français prévoient de partir au moins une semaine, soit une baisse de 9 points par rapport à 2025 » et « seuls 37 % se déclarent certains de partir, contre 50 % l’an dernier, traduisant une montée de l’incertitude », selon l’Ifop pour Alliance France Tourisme. La casse des travailleurs interroge quand certaines entreprises bénéficient des aides de l’État malgré des profits records.
- Emmanuel Macron, le 16 mai 2023, capture d’écran Le Nouveau Populaire