Interview avec MAXIME SAUVAGE

Faire du sport un levier d’égalité : entretien avec Maxime Sauvage

- TEMPS DE LECTURE : 8 min
AUTEUR : ISABELLE GRATIEN-EBOUé

À Paris, l’accès au sport reste marqué par des inégalités sociales, territoriales et de genre. Entre le coût des licences, l’accès inégal aux équipements ou encore la faible représentation du sport féminin, la pratique sportive n’est pas encore un droit effectif pour toutes et tous. Dans ce contexte, Maxime Sauvage, nouvel adjoint au maire de Paris chargé du sport, des équipements sportifs et de l’égalité d’accès au sport, détaille les mesures portées par l’équipe du nouveau maire de la ville de Paris, Emmanuel Grégoire, pour faire du sport un véritable levier d’égalité. Un entretien réalisé par Isabelle Gratien-Eboué.

Faire du sport un levier d’égalité : entretien avec Maxime Sauvage

Isabelle Gratien-Eboué — Bonjour Maxime Sauvage, vous êtes adjoint au maire de Paris chargé du sport, des équipements sportifs et de l’égalité d’accès au sport. Quelles sont les principales mesures que vous souhaitez mettre en place ?

Nous portons un programme ambitieux, dans la continuité des Jeux olympiques et paralympiques. Paris a une responsabilité particulière dans l’héritage que cet événement doit laisser. Parmi nos priorités, il y a la réservation d’au moins 50 % des créneaux sportifs à la pratique féminine dans les nouveaux équipements. C’est une mesure structurante pour corriger des inégalités historiques et permettre aux femmes de prendre pleinement leur place dans le sport.

Isabelle Gratien-Eboué — Cela concerne quel niveau de pratique ?

Cela concerne principalement les créneaux d’entraînement, que ce soit pour la compétition ou le loisir. Aujourd’hui, les femmes ont encore moins accès aux équipements, notamment aux horaires les plus demandés. L’objectif est donc d’agir concrètement sur l’organisation et l’usage des infrastructures pour favoriser une pratique plus égalitaire.

Isabelle Gratien-Eboué — Le sport féminin reste moins médiatisé. Comment expliquer cet écart ?

C’est avant tout une question d’histoire. Le sport masculin s’est développé plus tôt, au détriment de la pratique féminine, avec davantage de moyens et de visibilité. Cela a créé un déséquilibre qui perdure. Pour y remédier, il faut agir à la base : permettre aux jeunes filles de pratiquer davantage, avec des équipements accessibles, des créneaux adaptés et un accompagnement des clubs. C’est en développant la pratique que l’on développera aussi la visibilité.

Isabelle Gratien-Eboué — Comment lutter contre les inégalités d’accès au sport, notamment pour les familles modestes ?

La question financière est centrale. C’est pourquoi la Ville a mis en place le dispositif Réducsport, qui permet de réduire le coût des licences sportives. Cette aide bénéficie déjà à plusieurs milliers d’enfants et nous souhaitons la renforcer. L’objectif est simple : aucun enfant ne doit renoncer à une activité sportive pour des raisons économiques. Le sport doit être un droit accessible à tous.

Isabelle Gratien-Eboué — À la Porte de Saint-Cloud, avec Roland-Garros et le Parc des Princes, comment permettre à des jeunes issus de milieux modestes d’accéder à ces événements ?

Nous avons mis en place une billetterie sociale. La Ville achète des places pour des événements sportifs et les redistribue via des associations, des clubs ou des structures de quartier. Cela permet à des jeunes qui n’y auraient jamais accès de vivre ces moments. Mais, au-delà des événements, il est essentiel de développer des équipements de proximité pour permettre une pratique régulière.

Isabelle Gratien-Eboué — La question du Parc des Princes est également évoquée…

Oui, plusieurs scénarios sont étudiés, notamment autour d’une vente ou d’un bail de longue durée. Mais, au-delà de cette question, il faut réfléchir à l’avenir du quartier et à l’équilibre entre grands équipements et équipements de proximité. Le sport doit s’inscrire dans une vision globale de la ville.

Isabelle Gratien-Eboué — Que sont devenues les infrastructures des Jeux olympiques 2024 ?

Nous avons fait un choix clair : limiter les constructions nouvelles et privilégier la rénovation ou des installations temporaires. L’objectif était d’éviter des équipements inutilisés et de laisser un héritage utile aux habitants.

Aujourd’hui, cet héritage est concret. Le centre aquatique olympique est utilisé par des clubs et des scolaires, notamment en Seine-Saint-Denis, un territoire où les besoins sont importants. L’Arena de la Porte de la Chapelle accueille du sport de proximité et des événements. Le village des athlètes a été transformé en logements, dont une part importante de logements sociaux.

Enfin, la baignade dans la Seine constitue un héritage très concret des Jeux, avec un impact direct sur la vie quotidienne des habitants.

Isabelle Gratien-Eboué — Emmanuel Grégoire a évoqué l’idée d’un marathon sur le périphérique. Où en est ce projet ?

C’est une idée intéressante : transformer le périphérique, souvent perçu comme une frontière, en un espace de lien. Un marathon du Grand Paris permettrait de relier les territoires et de changer le regard sur cet espace.

Isabelle Gratien-Eboué — La transformation de la ville joue-t-elle un rôle dans l’accès au sport ?

Oui, énormément. Le développement des pistes cyclables, la piétonnisation et les nouveaux aménagements urbains transforment les usages. Aujourd’hui, on voit de plus en plus de parents accompagner leurs enfants à vélo, et l’espace public devient un lieu de pratique sportive au quotidien.

Isabelle Gratien-Eboué — Vous évoquez les rues aux écoles…

Ce sont des rues piétonnisées devant les écoles, qui deviennent des espaces de vie. Les enfants peuvent y jouer, courir, apprendre à faire du vélo.

Dans le 20e arrondissement, où j’habite et où je suis également élu, certaines rues n’étaient pas adaptées pour apprendre à faire du vélo. Aujourd’hui, grâce aux rues aux écoles, ces espaces sont devenus plus sûrs et plus agréables. J’y ai appris à mon fils à faire du vélo. Cela illustre concrètement l’impact de ces aménagements.

Isabelle Gratien-Eboué — Quels indicateurs permettront de mesurer les progrès ?

Il n’existe pas un seul indicateur, mais plusieurs. On peut regarder la répartition des créneaux entre femmes et hommes, l’utilisation des dispositifs comme Réducsport ou encore la participation à des programmes dédiés.

Mais il y a aussi une transformation plus globale : une ville plus accessible, plus apaisée, avec davantage d’espaces pour pratiquer. C’est cet ensemble qui permet de faire du sport un véritable levier d’égalité.

Isabelle Gratien-Eboué — Un dernier message ?

Nous voulons faire de Paris une ville où chacun peut pratiquer une activité physique facilement, quel que soit son âge, son niveau ou ses moyens. Le sport ne doit pas être un privilège, mais un droit.